Agenda

Journée d'études "Justice des hommes, justice de l’au-delà "

Vendredi 08 Juin 2018 - 09:00Vendredi 08 Juin 2018 - 17:00
alexandre.jeannin@u-bourgogne.fr
Plus d'infos : Lieu à confirmer

2eme journée d’étude "L’esprit des lois de l’Antiquité au premier Moyen Âge"

L’objectif, dans le cadre de cette deuxième journée d’étude consacrée aux lois entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge, sera d’apporter des éléments de réponse quant à la place et à la nature qu’accordent les juristes aux leges dans leur approche et leur définition de la justice. De ce point de vue, la justice constitue une thématique de choix car elle révèle la véritable force normatrice de ces lois altimédiévales dont la nature et l’effectivité demeurent problématiques, tout particulièrement lorsqu’on les confronte à la pratique et aux coutumes locales ou provinciales dans des sociétéssubissant de profonds bouleversements.
L’apparente continuité des traditions romaines, préservée notamment par les Wisigoths dans leur Lex romana tant dans ses institutions que dans sa procédure ne doit pas cacher une réalité plus complexe où semble prévaloir dans la pratique le pragmatisme aux dépens d’une cohérence législative. Les rapports de compétition ou de collaboration des pouvoirs locaux avec l’évêque - aux pouvoirs grandissants - et l’émergence d’une procédure hybride entre l’inquisitoire et l’accusatoire déjà acté sous l’Empire n’accorde pas à la justice séculière un socle stable. Et c’est dans ce cadre que la justice militaire intègre des aménagements à la loi que les parties comprennent mieux que le droit romain et qui préfigurent la justice du haut moyen âge, notamment ordalique. Catalyseur d’une conception de la justice qui s’éloigne de plus en plus du cadre romain, la pratique et les coutumes des soldats barbares se retrouvent dans les lois militaires qui annoncent les lois altimédiévales telles que la loi salique (v. J-P. Poly).
La justice de l’au-delà, pour notre propos et le cadre que nous nous fixons, ne se limite pas à exposer les modalités, très diverses, de la « justice de l’invisible » (B. Lemesle). Cette part essentielle que constituent notamment les ordalies dans l’évolution de la procédurepeut être envisagée comme l’expression de l’effritement des cadres traditionnels, la perte de confiance dans la pratique du serment et l’incapacité de l’Empire ou des rois à exercer leur pouvoir coercitif. En Burgondie, la consécration en 502 par le livre des constitutions du duel judiciaireest ouvertement destinée à faire cesser la multiplication des parjures, preuve d’un système qui est remis en cause.
La justice de l’au-delà sera donc également plus largement envisagée comme incarnant l’expression et la défense de la foi divine (catholique ou non), nourrie d’une doctrine renouveléequi se construit notamment sur ce verset des Actes des apôtres -« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ap. 5, 29). La plupart des auteurs carolingiens, dont Jonas et Agobard, estiment donc que la loi divine passe avant celle des hommes (Sassier). Une telle approche nous oblige à nous interroger sur la hiérarchie des lois et l’autorité des saintes écritures, des Pères de l’Eglise mais aussi des actes des conciles et des décisions des évêques. Dans quelle mesure l’élaboration des lois est-elle influencée par la conception de la justice envisagée par les ecclésiastiques ? A l’inverse, la justice des hommes n’influe-t-elle pas sur cette justice de l’au-delà par le remploi d’un vocabulaire ou de concepts issus de la lexromana ou des coutumes écrites ou de la pratique ? Est-il finalement possible de mesurer de telles interpénétrations et contaminations dans les lois tardo-antiques et altimédiévales?
Les interventions,consacrées à la justice, doivent interroger la notion de « loi » etpourront se structurer autour de deux axes : le premier concerne le renversement de la hiérarchie des normes ; le second étant consacré à la sanction du péché, comme approche alternative au délit. Chaque contribution peut porter tout autant sur l’évolution de la conception de la loi, l’organisation judiciaire, le temps de la procédure et sa nature que la qualification de la peine. Le cadre fixé est donc large, préfigurant à moyen terme un colloque plus ample. Comme la journée précédente, l’objectif est donc de demeurer resserré autour de textes (dont la traduction est bienvenue) et de problématiques choisies dans un format court, proche du commentaire de texte.
 

L’objectif, dans le cadre de cette deuxième journée d’étude consacrée aux lois entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge, sera d’apporter des éléments de réponse quant à la place et à la nature qu’accordent les juristes aux leges dans leur approche et leur définition de la justice. De ce point de vue, la justice constitue une thématique de choix car elle révèle la véritable force normatrice de ces lois altimédiévales dont la nature et l’effectivité demeurent problématiques, tout particulièrement lorsqu’on les confronte à la pratique et aux coutumes locales ou provinciales dans des sociétéssubissant de profonds bouleversements.

L’apparente continuité des traditions romaines, préservée notamment par les Wisigoths dans leur Lex romana tant dans ses institutions que dans sa procédure ne doit pas cacher une réalité plus complexe où semble prévaloir dans la pratique le pragmatisme aux dépens d’une cohérence législative. Les rapports de compétition ou de collaboration des pouvoirs locaux avec l’évêque - aux pouvoirs grandissants - et l’émergence d’une procédure hybride entre l’inquisitoire et l’accusatoire déjà acté sous l’Empire n’accorde pas à la justice séculière un socle stable. Et c’est dans ce cadre que la justice militaire intègre des aménagements à la loi que les parties comprennent mieux que le droit romain et qui préfigurent la justice du haut moyen âge, notamment ordalique. Catalyseur d’une conception de la justice qui s’éloigne de plus en plus du cadre romain, la pratique et les coutumes des soldats barbares se retrouvent dans les lois militaires qui annoncent les lois altimédiévales telles que la loi salique (v. J-P. Poly).

La justice de l’au-delà, pour notre propos et le cadre que nous nous fixons, ne se limite pas à exposer les modalités, très diverses, de la « justice de l’invisible » (B. Lemesle). Cette part essentielle que constituent notamment les ordalies dans l’évolution de la procédurepeut être envisagée comme l’expression de l’effritement des cadres traditionnels, la perte de confiance dans la pratique du serment et l’incapacité de l’Empire ou des rois à exercer leur pouvoir coercitif. En Burgondie, la consécration en 502 par le livre des constitutions du duel judiciaireest ouvertement destinée à faire cesser la multiplication des parjures, preuve d’un système qui est remis en cause.

La justice de l’au-delà sera donc également plus largement envisagée comme incarnant l’expression et la défense de la foi divine (catholique ou non), nourrie d’une doctrine renouveléequi se construit notamment sur ce verset des Actes des apôtres -« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ap. 5, 29). La plupart des auteurs carolingiens, dont Jonas et Agobard, estiment donc que la loi divine passe avant celle des hommes (Sassier). Une telle approche nous oblige à nous interroger sur la hiérarchie des lois et l’autorité des saintes écritures, des Pères de l’Eglise mais aussi des actes des conciles et des décisions des évêques. Dans quelle mesure l’élaboration des lois est-elle influencée par la conception de la justice envisagée par les ecclésiastiques ? A l’inverse, la justice des hommes n’influe-t-elle pas sur cette justice de l’au-delà par le remploi d’un vocabulaire ou de concepts issus de la lexromana ou des coutumes écrites ou de la pratique ? Est-il finalement possible de mesurer de telles interpénétrations et contaminations dans les lois tardo-antiques et altimédiévales?

Les interventions,consacrées à la justice, doivent interroger la notion de « loi » etpourront se structurer autour de deux axes : le premier concerne le renversement de la hiérarchie des normes ; le second étant consacré à la sanction du péché, comme approche alternative au délit. Chaque contribution peut porter tout autant sur l’évolution de la conception de la loi, l’organisation judiciaire, le temps de la procédure et sa nature que la qualification de la peine. Le cadre fixé est donc large, préfigurant à moyen terme un colloque plus ample. Comme la journée précédente, l’objectif est donc de demeurer resserré autour de textes (dont la traduction est bienvenue) et de problématiques choisies dans un format court, proche du commentaire de texte.